Fuite, lutte et inhibition : les 3 grands comportements humains face au stress

Fuite, lutte et inhibition : les 3 grands comportements humains face au stress

Pourquoi certaines personnes sont toujours stressées tandis que d'autres semblent nager dans un océan de bonheur permanent ?

Est-on libre face au stress ? Peut-on l'éviter ? A-t-on le choix d'être stressé ? Si oui, cela expliquerait pourquoi l'on demande systématiquement aux personnes stressées de se calmer — même si cela ne fonctionne pas dans 99 % des cas.

Lorsque je me suis intéressé pour la première fois à la biologie du comportement humain en étudiant les travaux du professeur Laborit, j'ai découvert une vérité implacable sur le stress. J'aimerais la partager avec vous dans cet article. Elle vous permettra de moins culpabiliser si vous vous sentez stressé, et d'envisager le problème du stress sous un autre angle.

Nous allons d'abord définir ce qu'est le stress pour mieux le comprendre, puis voir les trois grands comportements humains face au stress, avant de nous interroger sur le lien entre le stress et la liberté.

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Le stress ou l'épreuve d'adaptation de l'individu à son environnement

La notion de stress est inventée par Hans Selye. Elle désigne une « réponse non spécifique de l'organisme à toute demande d'adaptation qui lui est faite ». Selon cette définition, le stress ne peut pas être évité. La seule liberté qui puisse exister face au stress, c'est la mort.

Comme l'enseigne le Yi King, texte fondateur de la civilisation chinoise, la vie est le changement même. Elle est une adaptation de l'être humain à un environnement en constante évolution. Cette réaction d'adaptation n'est pas exclusive à l'être humain — toutes les espèces vivantes y sont soumises :

  • La fuite d'une gazelle à la vue d'une panthère ;
  • L'orientation du tournesol en direction des rayons du soleil ;
  • Le changement de couleur du caméléon.

Cette adaptation entraîne une réponse de type « combat-fuite », selon l'expression du physiologiste américain Walter Bradford Cannon. Dans l'exemple précédent, la réaction de la gazelle face à la menace est évidemment la fuite. Lorsque la fuite n'est pas possible, un combat contre la menace se déclenche. Hans Selye a par la suite utilisé ce concept pour inventer le syndrome général d'adaptation.

La différence entre le bon stress et le mauvais stress

Hans Selye fait une distinction entre le stress positif qu'il nomme eustress et le stress négatif ou distress.

Le stress positif correspond au « stress agréable ou qui fait du bien ». Il permet un retour à l'équilibre de l'organisme (homéostasie) et améliore les performances. C'est le cas lorsqu'un champion de basketball s'apprête à entrer sur le terrain pour une finale importante — son stress lui permet de décupler ses capacités.

Le stress négatif en revanche correspond au « stress déclencheur de maladie ou déplaisant ». Celui-ci ne permet pas ce retour à l'équilibre et alimente l'état de détresse de l'organisme. La réaction de stress est alors inadaptée.

Les trois phases du syndrome général d'adaptation

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Dans son syndrome général d'adaptation, Hans Selye distingue 3 phases :

Phase Ce qui se passe Symptômes
1. Phase d'alarme Réponse combat-fuite : accélération cardiaque, production de cortisol, poussée d'adrénaline Tension, vigilance accrue, énergie soudaine
2. Phase de résistance Le corps s'adapte et se répare. Baisse du cortisol. Normalisation du rythme cardiaque Irritabilité, frustration, difficultés de concentration
3. Phase d'épuisement Épuisement des ressources de l'organisme. Affaiblissement du système immunitaire Anxiété, dépression, fatigue chronique, burn-out

Les trois comportements humains face au stress

Le professeur Henri Laborit a consacré une grande partie de son œuvre à étudier le comportement humain et animal. Dans le film d'Alain Resnais Mon Oncle d'Amérique, Laborit explique, au moyen d'une expérience sur des rats, les trois comportements possibles de l'être humain confronté à une menace : la fuite, la lutte ou l'inhibition.

Comportement Description Impact sur la santé
La fuite Éviter la menace en s'en éloignant Positif — conserve l'équilibre biologique
La lutte Combattre la menace Positif — permet de rester en bonne santé
L'inhibition Ni fuite ni lutte possible — immobilisme Négatif — maladies psychosomatiques, burn-out

La fuite

Lorsque le rat est soumis à une décharge électrique, la fuite lui permet d'éviter la punition tout en conservant son équilibre biologique. Or, lorsqu'un être humain est confronté à une menace dans son environnement de travail ou familial, fuir peut être beaucoup plus compliqué.

La fuite possède une connotation négative dans la société. Or, bien qu'elle soit associée à de la lâcheté, Henri Laborit la considère comme la seule façon de s'en tirer. Dans son ouvrage Éloge de la fuite, il réhabilite ces comportements et montre qu'ils sont les seuls à permettre à l'individu de rester soi-même par rapport au groupe, tout en conservant son équilibre biologique et son bien-être.

La lutte

Cette fois-ci, le même rat est soumis aux mêmes décharges sans avoir la possibilité de fuir, mais en ayant la possibilité de combattre un adversaire. Le simple fait de combattre permet à l'animal de rester en parfait état de santé.

En ce qui concerne le comportement humain, les lois sociales empêchent généralement toute manifestation de violence défensive. Lorsqu'un employé menacé de licenciement ne peut ni fuir ni lutter sans conséquences graves, il se retrouve en inhibition de l'action.

L'inhibition

Lorsque le rat est soumis aux décharges sans pouvoir fuir ni combattre, il s'inhibe. Cet apprentissage de l'inefficacité de l'action provoque dans son organisme des perturbations biologiques graves qui affaiblissent le système immunitaire.

L'inhibition de l'action chez l'homme fait le lit des maladies psychosomatiques : ulcères d'estomac, hypertension artérielle, insomnie, fatigue et mal-être.

Liberté d'action face au stress

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Observer le phénomène du stress à l'aune de la biologie des comportements pousse à une conclusion évidente : nous ne sommes pas libres face au stress. Nos comportements sont gouvernés par des forces de survie invisibles ainsi que des facteurs socioculturels. Ils répondent à une nécessité : la conservation de la structure biologique de l'organisme. Ceci nous oblige à faire preuve d'humilité et de tolérance — il est parfois plus difficile que l'on imagine de se sortir d'une situation stressante.

Le principal risque que fait courir le stress pour la santé de l'organisme provient de l'inhibition de l'action. Lorsqu'un individu se trouve dans l'impossibilité de lutter ou de fuir, il s'inhibe, ouvrant la porte à toutes les maladies psychosomatiques.

Que faire pour éviter le stress lié à l'inhibition de l'action ? Au fond, vous devez agir. Soyez en mouvement. En cas de stress : faites du sport, participez à une thérapie de groupe pour verbaliser vos émotions, pleurez, riez, criez.

Henri Laborit insiste sur le fait que nous avons toujours plus de possibilités d'agir que nous l'imaginons. En tant qu'êtres humains, nous avons cette formidable capacité à ajouter de l'information à notre environnement afin de transformer le monde qui nous entoure.

Avez-vous toujours rêvé d'écrire, de peindre, de jouer de la musique ou de créer votre entreprise ? C'est peut-être le bon moment pour passer à l'action.

Questions fréquentes sur le stress et la biologie du comportement

Qu'est-ce que le stress selon Hans Selye ?

Selon Hans Selye, le stress est une « réponse non spécifique de l'organisme à toute demande d'adaptation qui lui est faite ». Cette définition implique que le stress est inévitable — il est inhérent à la vie elle-même. Ce n'est pas le stress en soi qui est problématique, mais la façon dont l'organisme y répond. Selye distingue l'eustress (stress positif, stimulant) du distress (stress négatif, pathogène).

Quelles sont les trois phases du syndrome général d'adaptation ?

Hans Selye décrit trois phases : la phase d'alarme (réaction immédiate de combat-fuite avec production de cortisol et d'adrénaline), la phase de résistance (adaptation progressive de l'organisme, normalisation partielle), et la phase d'épuisement (épuisement des ressources, affaiblissement immunitaire pouvant mener au burn-out ou aux maladies psychosomatiques).

Quels sont les trois comportements humains face au stress selon Laborit ?

Selon Henri Laborit, face à une menace, l'être humain peut adopter trois comportements : la fuite (s'éloigner de la source de stress — le seul à préserver l'équilibre biologique selon Laborit), la lutte (combattre la menace — également protectrice), et l'inhibition (ni fuite ni lutte possible — état le plus néfaste pour la santé, générateur de maladies psychosomatiques).

Pourquoi l'inhibition de l'action est-elle dangereuse pour la santé ?

L'inhibition de l'action survient quand un individu ne peut ni fuir ni lutter face à une menace. Cet état chronique perturbe le système nerveux et immunitaire, favorisant l'apparition de maladies psychosomatiques : ulcères d'estomac, hypertension, insomnie, anxiété, dépression et burn-out. C'est pourquoi Henri Laborit insiste sur la nécessité d'agir — sous toutes ses formes — pour éviter cette inhibition pathogène.

Comment réduire le stress naturellement selon Laborit ?

Henri Laborit préconise l'action sous toutes ses formes pour éviter l'inhibition pathogène. Cela peut passer par le sport, la thérapie, l'expression créative (écriture, musique, peinture), la verbalisation des émotions en groupe, ou tout projet personnel porteur de sens. L'idée centrale est de rester en mouvement — car c'est l'immobilisme contraint qui est source de maladie, pas le stress en lui-même.

Conclusion

Le stress est une réalité incontournable de la vie. Ce n'est pas lui en soi qui est problématique, mais notre capacité — ou incapacité — à agir face à lui. La biologie du comportement nous apprend que la fuite et la lutte sont des réponses saines, tandis que l'inhibition est la plus dangereuse pour notre santé.

La leçon d'Henri Laborit est profonde : nous avons toujours plus de possibilités d'agir que nous l'imaginons. La clé n'est pas d'éviter le stress, mais de rester en mouvement — d'explorer les voies d'action qui nous permettent de préserver notre équilibre biologique et notre liberté intérieure.


Sources et références :

Hans Selye (1956). The Stress of Life.

Henri Laborit (1976). Éloge de la fuite.

Henri Laborit (1983). La colombe assassinée.

Alain Resnais (1983). Mon Oncle d'Amérique (film).

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